Vers une politique du son ? – Phonurgia Nova
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Vers une politique du son ?

Vers une politique du son ?

A l’issue de la mission de réflexion autour du développement de la création sonore menée par François Hurard, Inspecteur des affaires culturelles, un rapport a été publié par le Ministère de la culture. Il mérite attention, car il porte en germe les prémisses d’une politique culturelle à l’égard du podcast et de la création audio envisagée sous un angle plus général. Quels en sont les enjeux pour les créateurs, les producteurs, les radios et les plateformes ? Comment y est abordée la question sensible des droits d’auteurs ? Comment est posée la question non moins sensible de l’accès aux archives sonores ? De quelle manière Phonurgia Nova inscrit-elle son action dans cette démarche visant à transmettre la création sonore ?

Depuis la naissance du CNC en 1946, notre ministère de la Culture soutient le cinéma. Etonnamment, cette politique de soutien n’avait pas encore trouvé son équivalent pour les arts de l’audio dans leur ensemble et dans leurs différentes déclinaisons : radio, spectacle vivant, CD, podcast, parcours sonores in situ, alors même que ce secteur est en pleine ébullition depuis au moins 20 ans. Aussi la mission de réflexion conduite par François Hurard, dont les conclusions ont été rendues publiques il y a peu, est un événement en soi. Elle questionne un angle mort de l’action du ministère, et pose d’une certaine manière une exigence : un devoir d’invention d’une politique du son. Alors que la démocratisation des outils numériques a fait surgir nouveaux auteurs et nouveaux publics, (dans un virage sociologique comparable à ce qui s’est passé pour la photographie au tournant des années 70), il s’agissait de dresser la carte d’un secteur en pleine métamorphose, d’en décrire l’écosystème et de lui apporter un soutien ad hoc. La fonction spécifique du son comme machine à décrypter le réel et l’imaginaire s’est affirmée ces dernières années. Prendre acte de ce renforcement continu des expressions sonores dans le champ contemporain et de l’intérêt croissant du public, pour en tirer des conséquences en terme de politique culturelle, est un pari audacieux que relève en partie le rapport mis en ligne. Ce document a le mérite de prendre en compte la richesse du podcast, la nécessité d’une politique de soutien à ses auteurs, mais on regrettera son centrage exclusif sur ce nouveau-venu, et l’absence de réflexion sur ce qui le relie historiquement, culturellement et économiquement à d’autres domaines  auxquels il emprunte pourtant largement : radio, création sonore d’origine plasticienne, musicale ou théâtrale, qui ont en commun de travailler la question de la narration sonore. Sur ce plan de l’analyse, le rapport laisse le lecteur sur sa faim. Avec pour conséquence d’occulter l’identité de ce nouveau venu : « l’auteur sonore ». Cette réflexion sur le rôle central de l’auteur, bien engagée pour les arts visuels, reste largement balbutiante ici. Installations sonores, applications numériques, podcast, parcours sonores, spectacle vivant et création radiophonique forment pourtant un continuum sur lequel intervient indifféremment l’auteur sonore, qui n’est pas appréhendé comme tel. Un cloisonnement par support a prévalu. Sur la question spécifique des droits de l’auteur de podcast et de sa juste rémunération, le rapport Hurard ouvre néanmoins des pistes intéressantes. La problématique de l’accès du public aux oeuvres radiophoniques léguées par les générations passées, au-delà de la question de l’accès des éditeurs de podcast aux archives de l’INA est laissée dans l’ombre. Et pourtant, il y a là encore, si l’on veut être conséquent, un vrai chantier de réflexion pour le Ministère de la culture :  depuis la Libération, les différentes cellules de création de la radio nationale ont engendré un impressionnant corpus d’œuvres originales, souvent géniales, mais il est peu valorisé. Qui le connaît ? Où peut-on le découvrir ? Ces questions doivent être ré-examinées à l’aune du podcast, des aspirations actuelles à retrouver la mémoire sonore, et des possibilités sans précédent offertes par les technologies digitales. A phonurgia nova, nous n’avons évidemment pas attendu qu’elles s’inscrivent à l’agenda politique, pour les aborder et esquisser des réponses (modestes). L’idée même était au fondement de notre création en 1986. Quand nous avons publié La Guerre des mondes en livre et CD (et avec l’INA d’autres trésors de la réalisation radiophonique), il y a 30 ans, quand nous avons lancé les Universités d’été de la radio, nous amorcions un processus de transmission qui semble désormais irréversible. Trente ans plus tard, le paysage s’est heureusement peuplé…  A Brest, Nantes, Bruxelles et Genève des festivals ont surgi, les rendez-vous d’écoute se multiplient, des sites, blogs et revues apparaissent. Tandis que CNAP construit une collection d’art radiophonique, des lieux d’écoute s’ouvrent dans le silence des musées (le Musée Réattu fut pionnier en 2007 avec sa Chambre d’écoute) : un désir de sonore se propage dans tout le pays. Tout ceci était impensable il y a 30 ans : l’initiative de la création audio (et ses moyens de diffusion) étaient alors concentrés entre les mains de la radio publique. Sur ces fondations nouvelles, dans ce contexte technologique et sociologique largement transformé, il est légitime d’imaginer une nouvelle offre culturelle. Ce rapport, dont il faut souligner la nouveauté, ne pouvait sans doute tout traiter. Son champ d’investigation était d’emblée délimité. Des Etats généraux de la création radiophonique et du podcast d’auteur, dont l’idée a surgi en 2020,  pourront s’approprier les questions qu’il laisse dans l’ombre. Et en particulier celle de la transmission des archives. N’est-il pas temps d’ouvrir les archives de la radio aux musées, universités, milieux éducatifs, festivals, curieux d’explorer notre mémoire sonore nationale ? De promouvoir la création la plus exigeante sur les plateformes de podcast. D’y développer une offre éducative de qualité ? En 2021 les phonurgia nova awards, alimenteront à leur manière (et à leur mesure) ce courant de curiosité pour les arts de la narration sonore, tous supports confondus.  Si les conditions sanitaires le permettent, ils nous réuniront pour des séances d’écoute autour de la performance radiophonique, du documentaire sonore, de la fiction, et des propositions narratives les plus audacieuses. Ces séances seront autant de bulles d’inspiration et d’énergie à partager avec les auteurs et le public. Des moments précieux dont Daniel Martin Borret, lauréat du Prix Nouvelles fictions SACD soulignait déjà tout le prix, en 2016 : « En écoutant les gens parler de mon travail, j’apprends mon métier. »