Hommage à Francis Dhomont – Phonurgia Nova
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Hommage à Francis Dhomont

Hommage à Francis Dhomont

Complice de nos premières Universités d’été de la radio d’Arles en 1986, (c’est avec lui que nous tentâmes de faire vivre durant les mois d’été un “cinéma pour l’oreille”, au cinéma Le Méjean d’Actes Sud, dont il assura à 100% la programmation), président du jury des Phonurgia Nova Awards de 2003 à 2007, Francis Dhomont a été un compagnon de route de phonurgia nova. Nous avons fêté en grande pompe ses 90 ans en 2016 à l’occasion du festival Rewind, persuadés que nous fêterions ensemble un centenaire que sa vitalité de globe-trotter semblait prédire et imposer. Hélas, Francis Dhomont s’est éteint 28 décembre 2023, à l’âge de 97 ans. Il est temps de re-découvrir ce portrait peu connu que Théo Boulenger lui a consacré en 2011, et dont il a pris l’initiative en dehors de toute commande. C’est une discussion à bâtons-rompus entre une figure bien établie de la musique électro-acoustique, (un des maîtres du genre même), et un très jeune artiste sonore, à ses débuts. Une conversation ordonnée selon une parfaite dissymétrie propre à susciter un acte de transmission intergénérationnelle. Enregistré à Avignon, à son domicile, le compositeur, qui a dédié sa longue vie professionnelle à l’art acousmatique, y retrace, d’une seule traite, sa trajectoire artistique singulière, commencée juste après la guerre, à Paris. C’est en effet vers la fin des années 40 qu’il découvre intuitivement, grâce au fil magnétique (ancêtre de la bande magnétique), ce que Pierre Schaeffer nommera la «musique concrète» et qu’il expérimente en solitaire les possibilités musicales de l’enregistrement sonore. Une vie défile devant le micro : son adolescence dans un milieu artistique protégé ; ses premiers pas de compositeur instrumental ; la classe de composition de Charles Koechlin lui-même élève de Gabriel Fauré ; la découverte des travaux de Pierre Schaeffer et Pierre Henry grâce à la promotion qu’en faisait la radio ; ses premières expériences de composition au magnétophone sur des bandes Kodak ; ses premiers essais radiophoniques, son intérêt pour la psychanalyse. Son installation aux Beaux-de-Provence en 1951 où il exerce le métier d’artisan sur bois ; le retour à la terre, sur les traces de Giono ; la mise au point de son premier studio équipé de magnétophones Gründig puis Revox (enfin plus professionnels). Ses premières compositions électro-acoustiques – en complet autodidacte, car cette musique ne s’enseignait pas (ou peu). Puis, son stage au GRM de l’INA avec Guy Reibel. Son départ en 1979 pour le Québec et l’envol de son travail de compositeur, une fois l’hypothèque technologique évacuée. Le primat accordé à la perception dans toute recherche hors des frontières de la tradition musicale. La genèse patiente d’une oeuvre. La part respective de l’intuition et du contrôle dans le travail en studio. La place fondamentale de l’inconscient. Celle d’un hasard contrôlé. Les lois de la composition. L’héritage de la tradition. La recherche de la cohérence formelle hors des schémas légués, souvent inopérants. Le principe de permanence-variation. L’obligation de ne pas perdre l’auditeur en chemin. La sobriété du geste compositionnel. La communication au fondement de toute oeuvre musicale empruntant des chemins inédits. L’appétence pour une musique “impure”. L’importance de la narration. Pièces abstraites et pièces figuratives. La place des textes. Les sources d’inspirations extra-musicales. Les écueils de la technique. L’importance des intuitions. La révolution numérique, etc.

Un grand merci à  Théo Boulenger pour ce dialogue libéré de tout protocole. Un dialogue entre deux artisans du son à deux extrémités de leur carrière. Une conversation exempte d’artifices radiophoniques, qui accomplit le prodige de nous plonger au coeur des réflexions d’un compositeur singulier, dont l’enseignement a compté et dont l’empreinte musicale ne va pas s’estomper de sitôt.

Ecouter l’entretien du 29 novembre 2011 de Francis Dhomont avec Théo Boulenger

Mais qui est Théo Boulenger ? Il est musicien. Son goût pour le travail sonore le conduit régulièrement à réaliser des documentaires sonores mettant en scènes ses proches, en ethnologue infiltré. Il a obtenu un Prix “Découvertes Pierre Schaeffer” pour son documentaire Tu voudras vivre lors de l’édition 2010 des Phonurgia Nova Awards (dont le jury était alors présidé par Daniel Deshays). Un documentaire tendre sur le naufrage du grand âge, à retrouver sur www.sonosphere.org

Pour L’expérimentale, l’émission du GRM de l’INA sur France Musique, Alexandre Bazin a diffusé en février 2023 cet autre portrait sonore de Francis Dhomont.

Un portrait qui pointe d’intéressantes similitudes, dresse d’opportunes passerelles, entre les démarches du compositeur “qui compose avec des enregistrements” et celles des peintres de son temps.