Bastien Lambert en résidence au GMEM à Marseille
En septembre dernier, Bastien Lambert a parcouru le chemin qui longe la côte Japonaise dévastée par le tsunami de 2011. Il y a rencontré des habitants qui lui ont raconté comment était la vie avant, jusqu’où est allée la vague dans leur maison, et comment ils recomposent un quotidien après la catastrophe. De retour en France, il rencontre Alexandre Schubnel, géophysicien, qui recrée en laboratoire les conditions de pression qui donnent lieu aux tremblements de terre. En ce début d’avril, il est en résidence de création à Marseille pour donner forme à ce projet, dans le cadre d’une résidence Phonurgia Nova / GMEM soutenue par la SACEM. Et ce jeudi 9 avril à 15h , il présente une étape de ce travail au grand studio du GMEM, Friche de la Belle de Mai à Marseille.
Bastien Lambert est documentariste et musicien. Il produit des émissions pour France Culture et la RTS, notamment Retour à La Hague sur l’imaginaire du risque nucléaire dans le Cotentin et Carte postale de Centuri, en sélection Grandes Ondes du festival de Brest 2025. Sa dernière réalisation Grandir, ou pas… est une enquête intime sur la petite taille, qui interroge le rôle d’un diagnostic dans la construction de l’identité. Il est référent pour la numérisation du fonds Yann Paranthoën, en partenariat avec le Centre de création Le Logelloù (Penvénan) et les Archives départementales des Côtes d’Armor.
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1) Comment le son s’est-il imposé à toi ? Quel a été ton parcours ?
Je joue de la musique depuis l’âge de 8 ans, d’abord au piano puis à la contrebasse qui est devenue mon instrument de prédilection, avant de faire de la radio. Je pratiquais l’improvisation libre, le jazz et la création sonore pour le spectacle vivant. En parallèle, j’ai étudié l’anthropologie pendant 3 ans et j’ai trouvé dans le documentaire radiophonique un point de jonction entre ces deux domaines. Pour moi, la radio a beaucoup à voir avec l’improvisation, car elle se focalise sur la notion d’écoute. Un tournage documentaire s’appuie sur les mêmes ressorts qu’un concert de free jazz. Il s’agit avant tout d’être disponible à ce qui advient, tout en gardant à l’esprit l’histoire qui est en train de se tisser progressivement dans la relation à l’autre et aux sons qui émergent de la situation. La prise de son est un acte d’écriture, et le montage peut s’apparenter à une improvisation au ralenti, sur laquelle on peut revenir à l’infini, grâce à la magie de l’enregistrement. Je me souviens que pendant mes cours de contrebasse, je passais beaucoup de temps à « repiquer » sur disque les improvisations de musicien.nes que j’admirais, pour les rejouer ensuite. J’écoutais en boucle des phrases musicales, qui devenaient de plus en plus claires à mesure que je parvenais à discriminer les différents sons. J’avais l’impression de découvrir un langage qui s’inventait dans l’instant. Aujourd’hui, j’essaie de maintenir ce type d’attention quand j’écoute mes enregistrements de terrain et que je construis mes émissions.
2) Comment est né le projet pour lequel tu es actuellement accueilli en résidence à Marseille ?
Il est né de la rencontre avec Sophie Houdart, anthropologue, avec laquelle je collabore depuis 5 ans. Nos premières marches ont eu lieu dans le Cotentin, lorsque je préparais l’émission « Retour à la Hague » (L’Expérience, France Culture). À cette période, nous avons tenté de traverser la presqu’île à pied, puis en kayak, avec plus ou moins de succès. Nous voulions comprendre cette zone particulière du marais, ligne floue entre terre et mer, qui pourrait, si on en croit l’histoire qu’on me racontait quand j’étais enfant, séparer le Cotentin du reste de la France en cas d’incident nucléaire majeur à la Hague.
Lors d’un voyage au Japon, Sophie découvre l’existence du Michinoku Coastal Trail, un sentier de 1040km qui longe la côte est du Tōhoku, touchée par la triple catastrophe du 11 mars 2011. Ce chemin qui part de Sōma City, non loin des zones contaminées par le panache radioactif issu de l’explosion de la centrale de Fukushima Daiichi, remonte jusqu’à Hachinohe, tout au nord de l’île de Honshū. Il a été tracé par le gouvernement japonais dans un but mémoriel, pour permettre à la fois de se souvenir des personnes disparues et d’enseigner aux générations futures les bons réflexes à adopter en cas de tsunami. Cette démarche se résume bien dans le terme japonais Fukkô (復興), qui signifie reconstruction mais aussi renaissance à partir du chaos. Nous avons décidé de le parcourir avec le collectif Call It Anything, pendant deux mois, entre juin 2024 et octobre 2025. Enregistreur en bandoulière.
3) Sur quoi porte ton travail durant cette résidence ?
Je me concentre sur la sélection des matières issues de ce tournage au Japon, à la recherche de la structure narrative du documentaire que j’ai en vue. Je procède par séquence, en façonnant des petits éléments d’abord et en les confrontant à d’autres par le montage, jusqu’à ce que des liens et des articulations apparaissent dans le récit. Je n’ai pas de script au départ, et procède surtout par mémorisation. Des associations d’idées surgissent après plusieurs écoutes, sur le banc de montage ou en dehors du studio, quand je me promène dans la ville ou que je m’endors.
4) Quel est le destin prévisible de cette création ?
Elle sera diffusée dans l’émission L’Expérience de France Culture, à l’automne prochain. Nous travaillerons entre mai et août 2026 avec Gilles Mardirossian et Manu Couturier, à sa finalisation. Ensuite, j’espère qu’elle circulera dans les festivals ou lors de séances d’écoute publiques!
© Bastien Lambert, Élodie Descoubes
