40 ans, on rembobine
En 2026, Phonurgia nova fête ses 40 ans : un anniversaire qui coïncide heureusement avec la 30ème édition des Phonurgia Nova awards… Un concours international réputé, sans équivalent en France, dont les archives contiennent des trésors d’invention radiophonique et sonore. Un prétexte idéal pour ouvrir les cartons de sons et en extraire, mois après mois, des titres incontournables formant une cohorte unique. Autant de gestes radiophoniques forts et de signatures majeures qui ont marqué l’histoire de cette compétition.
La palette de cette rétrospective est vaste : de la peinture d’un réel en constant mouvement (le port de Sydney saisi par les micros de Sherry Delys et Russel Stapleton (Containers) à la poésie sonore hallucinée de l’artiste surréaliste belge ELG (Amiral prose) ; de la cuisine à double fond de la suédoise Hanna Hartman (Heat) aux berceuses enfantines de l’allemand Christophe Korn fredonnées à nos oreilles (Volkslied) ; des flashs véloces de Bernadette Johnson (6 Summer fragments) aux derniers souffles et mots d’une langue condamnée au silence (The last Voice de l’Argentin Joaquin Cofreces) ; de la rencontre avec le surnaturel (Forêt / Cache / Arbre d’Alice Kudlak) à la physique extrême du froid et du feu avec Andréas Bick (Fire pattern, frost pattern).
Autant d’oeuvres exceptionnelles, imprévisibles et mémorables par leur liberté d’allure, de forme et de matière, qui laissent une empreinte profonde dans nos imaginaires sonores, comme autant de jalons d’un art radiophonique en perpétuel mouvement.
Pour entamer cette série “40 ans, on rembobine 40 oeuvres”, deux lauréats très dissemblables : d’un côté un vaste paysage composé venu de l’autre bout du monde ; de l’autre, une série drôlatique et tendre de portraits sonores d’habitants de Genève croisés dans le quartier de la gare de Cornavin.
Containers, 15,25min (ABC Sydney, 2001), Sherry Delys et Russel Stapleton
” Avec le son, nous avons voulu peindre l’ailleurs, confiaient les auteurs de l’oeuvre, produite par la radio publique ABC. Primée à Arles en 2003, elle déroule un paysage composé d’enregistrements de la baie de Sydney et de l’entrepôt maritime de Port Botany en Australie, pris au cours d’une seule journée de l’an 2000. Des sons lourds retentissent de toute part tandis que les bateaux s’élancent vers le large. L’oeuvre frappe par son approche extrêmement nuancée des “couleurs du son “.
Sherre Delys est née en 1958 aux Etats-Unis et vit en Australie. Elle est responsable du programme expérimental de la chaîne publique ABC. Russel Stapleton est ingénieur du son, producteur de radio et compositeur. Il travaille au département d’art audio de ABC.
” Ce jour-là, au tournant de l’an 2000, un ciel exceptionnellement bas et sombre formait un toit au-dessus des chantiers navals – et le hangar, le quai et le pont du remorqueur étaient lourds de bruit. De petits échantillons ont été collectés, traités, mélangés et empilés pour livrer un air maritime assemblé autour des timbres, séquences et échelles temporelles du travail industriel.
La pièce a reçu un Grand Prix aux Phonurgia Nova Awards 2003.
Ecouter Containers
Artiste sonore, musicien et photographe Suisse, Yves Meylan signe avec « Au revoir, merci » une magnifique série de portraits d’habitants de Genève qu’on ne se lasse pas d’entendre. Primée en 1997, elle fut diffusée par la RTS Radio Télévision Suisse. Elle a été éditée depuis par phonurgia nova en CD-livre dans la collection photo-phonie dédiée aux liens entre images et sons. Alexandre Castant en a signé la préface.
Yves Meylan a toujours été fasciné par l’aspect sonore de la photo, les sons environnants et tout ce qui se passe entre le photographe et lui-même ou avec le sujet dans le cadre du portrait. En 1995, pour Au revoir, merci il a passé une matinée par semaine pendant trois mois dans le magasin de son ami Francis Trauning (marchant de vêtements et photographe), à enregistrer tout ce qui se passait pendant que ce dernier photographiait ses clients et amis de passages. Le scénario était toujours le même et le décor aussi, une rangée de costumes sur cintres. “J’ai été très intéressé par le fait que les “sujets” surtout préoccupés par la pose et les successions de centièmes de seconde étaient libérés de la présence du micro et ainsi me faisait partager simplement leur vie pendant une heure ou deux. C’est la vie de tous les jours, à la fois tendre et cruelle. » (…) Lors de la remise du prix à Paris, il confiait encore, « pour moi, le micro n’est pas simplement un objet qu’on place entre deux personnes qui parlent. Il est à la fois oreille, caméra, pinceau et une gigantesque palette de couleurs. »
Au revoir, merci douze petites chroniques de 5 à 8 minutes chacune. Prix Phonurgia Nova 1997.
A chacun.e sa playlist.
Pour plonger dans les archives du concours, deux liens possibles d’une part www.phonurgia.fr/concours (pour les années récentes, de 2016 à 2024) et d’autre part www.sonophere.org (pour les années antérieures jusqu’à 1986).
