In memoriam Chantal Dumas
Il y a pile dix ans ce 18 septembre, nous étions réunis à la BnF – Bibliothèque nationale de France pour notre grand marathon d’écoute annuel, autour de la compositrice et artiste sonore canadienne Chantal Dumas qui présidait le jury de la 21ème édition des phonurgia nova awards. Sur la photo ci-dessus, Fanny Lannoy y annonce les noms des lauréats des résidences de création. Deux des visages qui l’entourent ont déjà disparu : l’écrivain-essayiste et producteur de radio David Collin décédé en septembre 2020, et Chantal Dumas partie à son tour, beaucoup trop tôt, en ce printemps 2026 … En peu d’années, se sont ainsi éclipsés deux formidables complices de l’aventure phonurgia nova. En inventant le “Cercle d’Arles” tous deux s’étaient convaincus de la nécessité de faire converger vers Arles les efforts dispersés des défenseurs de la création radiophonique et sonore.
“Le son relève-t-il de l’art ? Si oui, cet “art du sonore” peut-il trouver sa place en dehors d’un côté du périmètre de la musique et de l’autre des arts plastiques qui occupent une position dominante dans notre culture et au coeur de nos institutions ?” Ce sont-là des questions pas si simples, à l’articulation de l’esthétique et de la politique, auxquelles nous tentions de répondre à la lumière de nos expériences – et sur lesquelles Chantal projetait toujours un éclairage singulier. D’autant plus singulier que son travail personnel faisait fi depuis longtemps des frontières esthétiques. De la radio au web en passant par la performance ou l’installation, il n’avait de cesse de les brouiller pour mieux sonder les formes multiples du récit sonore. “Musique ? Non-musique ? La question ne me semble pas pertinente pour parler de mon travail”, disait-elle. « Mon travail appartient au domaine du sonore, de l’écoute et de la perception. J’ai développé à cette fin une forme d’écriture sonore qui s’articule autour de quelques points : une attention au point de vue, une documentation sonore basée sur la prise de son (éléments du quotidien et paysage sonore) et la circulation de la narration entre les trames musicale, textuelle et sonore. » Cette écoute agile, en mouvement, qu’elle cherchait à induire chez l’auditeur par une écriture narrative polyphonique, avait retenu très tôt l’attention de nombreuses radios étrangères, de ABC (Australie) à Deutschlandfunk Kultur (Allemagne), de l’ORF Kunstradio (Autriche) à la la Société Radio-Canada…. Cette démarche englobante, ouverte sur tout le sonore du monde dans une approche psychogéographique, lui a valu, dès 1997, le prix Phonurgia Nova pour Le parfum des femmes. Et une seconde fois en 2001, pour Le petit homme dans l’oreille (un roadmovie). Ces oeuvres toujours inspirantes sont à redécouvrir….
Pour aller plus loin….
Syntone / la revue de l’Écoute (sous le titre Une psychogéographie sonore) a publié un entretien qui donne une idée de l’amplitude de son oeuvre et de sa trajectoire.
Dans cet entretien filmé par Pierre Jacquin en marge d’un Festival organisé par l’ACSR en 2019, que nous publions aujourd’hui, Chantal Dumas remonte le fil des hasards et des rencontres qui ont jalonné sa route de compositrice et d’artiste sonore.
Son travail est opportunément mis en avant cet automne par La Chambre d’écoute du Musée Réattu Arles, avec La Tour du vent, une pièce sonore enregistrée en plein mistral à Marseille en 1993.
Autour de Fanny Lannoy sur l’image ci-dessus, de gauche à droite : Pilar Subirà (Radio Nationale Espagnole et Union Européenne de Radio et Télévision), Léa Minod (à l’époque Radio Campus Paris (93.9FM), David Collin de la Radio et Télévision Suisse, Chantal Dumas, Pascal Mouneyres de Syntone.
