Rencontre avec Philippe Ollivier – Phonurgia Nova
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Rencontre avec Philippe Ollivier

Rencontre avec Philippe Ollivier

“Piker son ? En breton : sculpteur ou tailleur de sons !” Dans cette récente émission de Radio Kreiz Breizh, Philippe Ollivier fondateur du Centre de création musicale Le Logelloù, hôte cette année des phonurgia nova awards, revient avec Camille Simon, sur la vie de Yann Paranthoën et sur les liens qu’ils entretiennent avec le “tailleur de sons” (breton, mais pas que…) dont les archives sonores sont accueillies par le Conseil Départemental des Côtes d’Armor à St Brieuc. Annabelle Brouard et Hervé Birolini y évoquent également les créations qu’ils donneront prochainement en hommage au “tailleur de sons” (breton, mais pas que…),  à l’occasion des Phonurgia Nova Awards. Avec des extraits du Phare des Roches Douvres de Yann Paranthoën, France Culture, 1998 ; de Vies magnétiques – une performance radio de et avec Annabelle Brouard ; de l’album Chips and Dust de Hervé Birolini. 
L’occasion rêvée, à 15 jours de notre événement commun, de faire un focus sur le Logelloù, ce studio de création musicale né à la campagne, qui persiste et résiste, malgré la difficulté des temps, à propager des ondes nouvelles et à accueillir celles et ceux qui, comme Marc Namblard ou Christine Groult, les façonnent. Son credo ? “Mettre l’écoute à l’honneur dans un monde où l’image prend de plus en plus de place”. Nous sommes bien sur la même longueur d’ondes…

Situé non loin de la mer dans une ancienne école communale devenue cinéma, le Logelloù est dédié à  la création musicales. Il a ouvert ses portes après d’importants travaux, fin 2015, et véritablement démarré son projet en 2016, avec deux salles à sa disposition : la Salle Paranthoën et la salle Calvary. De nouveaux travaux (toiture et isolation) ont été réalisés en 2023/2024 et un nouvel espace – le studio Christine Groult – vient d’y être inauguré.

Q — Comment est né ce lieu étonnant ? et pourquoi dans ce coin de campagne bretonne, à Penvenan ?
Philippe Ollivier — Entre 1991 et 2000, j’officiais en qualité de régisseur son au Carré magique, la salle de spectacle de Lannion. J’assurais également la prise de son et le mixage de beaucoup de productions discographiques. J’étais équipé pour réaliser des enregistrements en nomade, mais il me manquait un lieu. Parallèlement, je m’apprêtais à basculer vers la composition et une vie dédiée à la musique. À l’époque, il y avait très peu d’occasions d’écouter de la musique de création par ici. Il fallait soit se déplacer dans les métropoles soit créer un lieu ! L’idée commençait à germer. Sédentaire, très attaché à l’acoustique trégorroise et incapable de m’éloigner durablement de la mer, j’ai donc commencé à chercher un peu partout en Trégor, et c’est finalement le Logelloù, cinéma-théâtre de mon enfance, puisque je suis né à Penvenan, qui s’est imposé. Après de longues démarches auprès de la mairie de Penvenan qui en était le propriétaire, j’ai fini par l’acquérir fin 2002, à l’état d’abandon. Aussitôt, avec une équipe de bénévoles et d’artistes, nous avons créé l’association Fur Ha Foll (« sage et fou »), qui a pris en main la restauration du bâtiment et le développement du projet. 
Q — Quelle est sa vocation ?
Le Logelloù est une résidence pour la création musicale et sonore. Les lieux comme celui-ci ont si longtemps manqué sur le territoire et l’habitude a été prise par les musicien•ne•s de travailler dans des conditions inadaptées. L’ambition première du Logelloù était de pallier ce manque et de leur donner autant que possible de vraies conditions de travail. Petit à petit, au gré de son évolution, le lieu s’est spécialisé dans les arts sonores et la musique de création et a attiré des artistes venant de plus en plus loin. Le Logelloù est particulier, comme l’est la manière d’envisager la culture musicale en Bretagne. Ici, nous possédons une double compétence en musique traditionnelle – j’ai moi-même commencé mon activité musicale par la musique traditionnelle bretonne – et en musique électroacoustique, au sens large. Ce dernier point est en partie lié au fait que nous développons le logiciel Logelloop dédié à la transformation et à la spatialisation du son en temps réel. C’est d’ailleurs assez amusant, car j’ai entamé son développement exactement la semaine où l’on m’a confié les clés du Logelloù ! 
Q — Quels ont été les étapes de sa création ?
Avant que la bâtisse ne soit rénovée, nous avons organisé des « fêtes du Logelloù » dans la cour, qui proposaient une quinzaine de spectacles pluridisciplinaires sur 3 jours. C’étaient de grands événements qui ont marqué la population, les bénévoles et les artistes et qui ont propulsé l’association en lui donnant l’énergie nécessaire pour se lancer dans les travaux, à partir de 2013. Ces travaux ont été menés par une incroyable équipe de bénévoles sans qui, jamais le Logelloù ne serait devenu ce qu’il est ! Démolition, gros œuvre, finitions… Accompagné de professionnels, tout le monde a mis la main à la chaux… Ces grands travaux ont duré deux ans et nous avons inauguré le lieu réhabilité en novembre 2015.
Depuis, des centaines d’artistes sont venus travailler à la création d’un spectacle ou enregistrer. Le Logelloù développe aujourd’hui un projet de territoire autour des musiques de création, passe commande, propose de nombreux temps forts, en revendiquant des esthétiques éclectiques. Une de nos spécificités, peut-être, c’est de proposer, depuis longtemps, des concerts et spectacles en plein air, sur des sites remarquables, y compris des formes acousmatiques, qui sont toujours des moments d’écoute exceptionnels.  Cette année, nous avons inauguré l’Atelier Christine Groult, un nouveau studio très lumineux et avec une acoustique adaptée à la composition, dans la pièce la plus haute du bâtiment. C’était l’occasion pour nous de célébrer notre amitié avec l’emblématique compositrice. Le Logelloù continue donc de s’agrandir.
Q — Quels sont ses liens avec la radio de création ?
Le premier lien est probablement que la grande salle se nomme “Yann Paranthoën”… Depuis son ouverture en 2015.  Ensuite, il faut dire qu’au Logelloù, on ne jauge pas forcément la création sonore en fonction du canal dans lequel elle sera diffusée. Certes, la création radiophonique est un espace de création à part entière, mais c’est avant tout du son. Et force est de constater que beaucoup de créateurices de radio créent également pour le spectacle vivant. Alors, régulièrement, on reçoit en résidence des projets hybrides entre radio et spectacle… Aussi, depuis trois ans, nous avons commencé la numérisation des enregistrements de Yann, dorénavant conservées aux Archives départementales. C’est un énorme travail, réalisé par Bastien Lambert, Guillaume Launay et Frank Lawrence, dont le financement et le suivi technique sont assurés par le Logelloù. Autant dire que le lieu « est plongé » dans la création radiophonique !  En connexion avec ce travail de numérisation, nous commandons des œuvres à des compositeurices ou personnes de radio. La première à Annabelle Brouard avec Vies magnétiques / Dans les archives de Yann Paranthoën et cette année, Fragments pour Yann d’Hervé Birolini, en cours d’écriture.   
Q — Quels sont les projets du Logelloù ?
Tenir le cap ! Le navire a parfois le vent en face, mais nous tenons la barre. Faire exister un tel lieu à la campagne est difficile et cela nous demande chaque jour une grande énergie. Mais cela nous enrichit également de belles aventures humaines ! Dans la période difficile que traverse la création, la création sonore est encore plus fragilisée et nous ne perdons pas de vue nos missions : proposer aux artistes du son et de la musique un lieu et des moyens pour créer, et mettre l’écoute à l’honneur dans un monde où l’image prend de plus en plus de place.
Toute la programmation du Logelloù, par ici
 
Philippe Ollivier et Annabelle Brouard rejoignent cette année le jury des phonurgia nova awards.
Portrait de Philippe Ollivier-2026 © Camille-Simon