Cap sur les phonurgia nova awards avec Judith Bordas
Nouveaux visages ou figures connues de la scène radiophonique composent le jury des Phonurgia Nova Awards 2026. Judith Bordas y fait son retour. Elle est réalisatrice radio, plasticienne et dramaturge. Elle produit des créations sonores et des essais radiophoniques pour France Culture, la RTBF. En 2018, Traverser les forêts, réalisé par Annabelle Brouard, lui a valu le prix Grandes ondes du Festival Longueur d’ondes de Brest 2019, le prix de l’œuvre sonore de l’année de la SCAM et le prix du public des phonurgia nova awards. En parallèle, elle mène depuis une dizaine d’année des projets de transmission sonore dans des structures sociales. En 2023, à la demande de la SCAM, elle compose Les morts ne l’entendent pas de cette oreille, une enquête à travers les archives de l’INA sur nos manières de faire rites. En tant que dramaturge, elle travaille régulièrement avec des compagnies de théâtre pour des projets scéniques et sonores.
A la veille du Dinard podcast Festival #1, elle évoquait sa rencontre avec la création radiophonique.
_Quand avez-vous pris conscience de la puissance expressive du son? Un événement date-t-il cela? Pouvez-vous le situer ?
En découvrant Lulu de Yann Paranthoën. Soudain j’ai entendu qu’il était possible de faire surgir un corps, de donner à entendre une condition sociale, par le son. Ma formation initiale était dans les arts plastiques et j’ai été saisie par le parallèle entre geste pictural et composition sonore. D’une part car l’identité du personnage de Lulu n’était pas traitée comme un sujet mais comme une rencontre : la subjectivité de l’auteur rendait vivante celle-ci. On assistait à un moment vécu. D’autre part j’ai été subjuguée par l’aspect rythmique, la composition des plans. Je n’avais pas encore de matériel de prise de son, mais après cela, je ne cessais de faire des travelling sonores en pensée dans les supermarchés, dans les parcs…
_ La création sonore est-elle pour vous un engagement politique ?
Oui, sans que ce soit conscient ou articulé autour d’enjeux précis. Disons que ce qui m’intéresse en premier ce sont toujours les trajectoires, les récits, ce qui se joue à l’intérieur des voix, de la posture des corps, des silences. Par où les corps sont passés, comment le récit s’est inscrit en eux. Donc oui, cet endroit du macro, du mini monde à l’intérieur des voix est un engagement politique. Ce qui amorce un projet pour moi est toujours la possibilité que le son, la présence des micros, puisse ouvrir un espace de parole, comme un terrain de jeu nouveau pour y déposer une histoire.
_ Quels sont vos liens à Phonurgia Nova ?
J’ai découvert Phonurgia en 2013, mon premier essai radiophonique y avait été diffusé (Eric et Alminrinde). Traverser les Forêts a obtenu le prix du Public en 2019. J’ai eu la chance de participer au stage “nouvelles fictions” en 2019 avec Alexandre Plank et Antoine Richard.
_ En quoi la première édition du DINARD PODCAST FESTIVAL#1 est-elle importante ?
Actuellement il existe un immense essor des productions sonores via le podcast, ce qui pourrait laisser entendre que les auditeurs et auditrices préfèrent écouter de manière solitaire des créations, ajuster ces moments à leur quotidien or il y a quelque chose qui demeure magique dans le fait de se retrouver à plusieurs pour un temps d’écoute collective. On peut observer aussi ce besoin d’assemblée dans les lieux théâtraux où les créations sonores se développent de plus en plus.
Et puis, après la période traversée (la pandémie, NDLR), s’imaginer sur une plage pour un temps suspendu d’écoute fait un bien fou.
photo © Pierre Jacquin dessin © Guillaume Reynard
