Anne Versailles en résidence au GRM – Phonurgia Nova
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Anne Versailles en résidence au GRM

Anne Versailles en résidence au GRM

Grâce à une résidence de création Phonurgia NovaAnne Versailles est accueillie ce printemps au GRM de l’INA pour faire avancer son projet Sarek Jietna,  retenu par le jury 2021.  Rencontre avec une artiste sonore qui se définit comme « géopoète ».

1)    Comment et pourquoi en êtes-vous arrivés au son ? Comment s’est-il imposé à vous ?
En 2010, j’ai traversé les Alpes à pied, de l’Adriatique à la Méditerranée, en trois mois de marche en autonomie, sous tente, avec ma famille (www.vialpe.be). Chacun de nous avait un appareil photo numérique, plus ou moins léger, accroché au sac à dos. Avant de partir, j’avais racheté à un ami ingénieur du son un petit Edirol R09 que je portais également à la ceinture de mon sac à dos. Régulièrement, j’ai pris du son. Je n’avais ni casque, ni bonnette anti-vent! Parfois je chaussais le micro d’une chaussette… Au retour, je me suis lancée dans la réalisation d’un film d’artiste, comme on parle de livres d’artiste, pour témoigner de cette aventure en famille. Je me suis formée au montage vidéo. Et c’est, casque sur les oreilles, en créant la bande son de ce film que j’ai découvert à la fois la puissance de l’univers sonore et la poésie! Cela a été un effet “waow” pour moi. Depuis lors, je n’entends plus mon environnement de la même manière. Depuis lors, j’ai le sentiment de vivre dans un concert spatialisé perptuel. Dans les vidéo-poèmes que j’ai continué à faire, le son résultait toujours d’un montage singulier, détaché de l’image. J’ai suivi la Coquille, une initiation à la création radio, à l’Atelier de Création Sonore et Radiophonique (ACSR) à Bruxelles, puis un workshop dédié à la prise de son. Je me suis peu à peu équipée. En bonnettes aussi! Et comme j’ai besoin de marcher et de traverser des territoires pour créer, j’ai continué à faire du field recording. Un jour, je suis tombée sur l’annonce d’un atelier “paysage sonore à vélo” organisé par Musique et Recherches à Ohain et mes sons collectés sur le terrain sont devenus pour moi une ouverture vers la musique ou du moins la possibilité de jouer et écrire avec la musicalité de ces sons.

Aujourd’hui, j’ai délaissé l’image. Je ne sculpte plus que le son, et la voix. Et les images se créent toutes seules dans la tête des auditeurs. Récemment, j’ai organisé une sieste sonore lors de la fête d’ouverture de saison du Centre culturel de ma commune. Mes transats ont été pris d’assaut par des enfants de 5 à 7 ans. La bande son était acousmatique. Pas vraiment le genre jeune public. Et pourtant… J’ai été surprise de les voir scotchés à leur casque, plus de 20 minutes parfois. Leurs parents tentaient de les en décrocher, proposant d’aller chercher une crème glacée. Mais non, ils restaient là, dans l’écoute.

2)  Pouvez-vous décrire le projet sur lequel vous travaillez actuellement au GRM dans le cadre de la résidence qui vous a été attribuée ?

Il s’agit d’une pièce sonore composée à partir de sons ramenés de Laponie suédoise, du Sarek, l’un des derniers espaces sauvages d’Europe. Comme mon mari guide et accompagne des groupes dans des traversées du plateau en ski de randonnée nordique, en mars-avril (www.oukiok.org), j’ai pu m’y rendre plusieurs fois. Mais, je ne me suis jamais sentie accueillie par ce paysage. Trop minéral peut-être ? Il y a 3 ans, j’ai décidé d’y retourner mais avec mes micros. Et l’écouter m’a permis d’enfin entrer en dialogue avec ces étendues à la fois douces et hostiles, calme et tempête, vides et présentes. C’est de cela que parle cette pièce que je définis comme un essai à mi-chemin entre fiction géopoétique et voyage musical. Cela s’appellera “Sarek Jietna – ce qu’il y a là à entendre”.

3)    L’appellation « artiste sonore » a fait irruption dans les années 80 pour désigner des travaux qui s’écartaient de la musique, mais elle est utlisée à présent en toutes circonstances, ce qui en brouille les contours : avez-vous un terme plus précis pour définir votre pratique ?

Aujourd’hui, je me définis comme « géopoète ». C’est le seul mot que j’ai trouvé qui peut englober la diversité de ma pratique : la marche et la traversée de territoires et de paysages, le field recording et l’écriture avec ces sons, l’écriture avec des mots et leur mise en voix, le travail avec les gens pour les amener à poétiser leur quotidien et à entrer autrement en relation avec leur environnement, … Dans « géopoète », il y a « géo » qui renvoie bien à mon bagage de départ puisque de formation (ou de déformation), je suis biologiste et géographe. J’avoue que par contre, le « poète » m’a pris plus de temps à assumer… Un mot valise donc, ou sac-à-dos. Mais j’utilise aussi en effet « artiste sonore » ou « créatrice sonore » ou « plasticienne sonore » ou je dis que j’écris avec des sons ou encore que je les sculpte. J’aime en effet mélanger des sons dits iconiques, captés sur le terrain et non transformés dans lesquels on reconnaît tel oiseau, le vent, un écoulement d’eau, avec ces mêmes sons que je transforme. Et dans cette transformation, j’ai l’impression d’approcher le travail du sculpteur qui se retrouve devant un bloc de marbre ou de bois et qui donne un petit coup ici, puis un autre là, pour peu à peu laisser une forme se dégager. Et quand je suis arrivée au GRM, j’ai là été accueillie comme compositrice. « Composer » : « former par la réunion d’éléments », cela a du sens aussi !

Dans ma pratique d’aujourd’hui, je retrouve aussi ma pratique de chercheuse. Il y a très longtemps, j’ai fait une thèse de doctorat sur l’éco-éthologie d’un oiseau. J’allais sur le terrain, observer, prendre des mesures. Puis je rentrais au labo, déverser tout cela dans l’ordinateur. Puis, prendre telle donnée et la rapprocher de telle autre et voir ce que cela donne ou suscite comme nouvelles questions. Mon travail actuel est in fine très proche de celui-là. Je vais sur le terrain, écouter, capter. Puis devant mon ordi, prendre tel son, le rapprocher de tel autre, voir comment ils dialoguent, ce qu’ils évoquent, ce qu’ils appellent comme autres sonorités, comme énergie…

Site de l’artiste